Paula Levine

Paula Levine est artiste des Locative Media. Ses projets actuels interrogent la nature des lieux par la révélation de dynamiques cachées. Ils mettent en œuvre le web, la cartographie et le GPS pour reformuler la nature des liens entre le global et le local, entre les espaces narratifs et les espaces physiques, entre la géographie urbaine et l’histoire culturelle et sociale de la ville.
[http://paulalevine.net/]

Speaking Here, 2004

Paula Levine, Speaking Here, Banff Center, Alberta 
Source :[http://paulalevine.net/projects/speakinghere/speakinghere.html]

Paula Levine, Speaking Here, Banff Center, Alberta
Source :[http://paulalevine.net/projects/speakinghere/speakinghere.html]

Paula Levine a conçu SpeakingHere pendant sa résidence au Banff Center à Alberta, en 2004. Touchée par le paysage qui s’étendait au delà de la fenêtre de son studio, elle entreprend des recherches sur l’histoire du site, les langues que l’on y parle, son évolution géographique et culturelle. Chaque jour, à partir d’un même lieu, elle filme un court plan panoramique de ce paysage.
Elle demande alors à neuf des artistes en résidence, chacun parlant une langue différente, de décrire à leur tour le paysage qu’ils voyaient par sa fenêtre.
Ces enregistrements sonores et visuels ont alors été « embarqués dans le paysage », rendus accessibles au public équipé d’un ordinateur et d’un récepteur GPS alors qu’ils déambulent dans les lieux.
Cette pièce met en regard l’impossibilité implacable de jamais connaître un lieu, dont l’histoire et la présence dépassent toujours la portée de la perception humaine et la persistance avec laquelle nous continuons malgré cette incomplétude, à tracer nos propres chemins, limités et imparfaits, pour habiter les espaces qui nous entourent.

Shadows of Another Places, 2004 / 2006-2008

Paula Levine, Shadows of Another Places, « Baghdad  San Francisco », vue de l’interface graphique (copie d’écran) 
Source :[http://paulalevine.net/projects/shadows%20from%20another%20place/shadows.html]

Paula Levine, Shadows of Another Places, « Baghdad < -- > San Francisco », vue de l’interface graphique (copie d’acran)
Source :[http://shadowsfromanotherplace.net]

Shadows of Another Places est une série de « cartes hypothétiques », dont l’expérience se partage entre le web et les lieux, qui superposent deux zones distinctes et distantes afin de questionner l’hypothèse de la transposition de l’impact des changements culturels et politiques d’un lieu sur un autre. Le projet propose une autre lecture des conflits militaires et politiques en les projetant dans un imaginaire territorial où le lointain se replie sur le proche, où la distance et la proximité géographique et corporelle sont réévaluées à l’aune de la sphère nouvelle que forment les médias géolocalisés. Il redistribue le familier et le quotidien pour créer des sites à la fois imaginaires et physiques, où les événements locaux et distants peuvent être perçus et vécus de façon simultanée et qui reflètent étroitement l’expérience de ce que l’auteur nomme « l’interlocalité»(1).
Bagdhad < - > San Francisco, 2004.
La médiatisation des opérations de bombardement en Iraq a révélé à Paula Levine l’émergence de nouveaux médias, venant se superposer sur d’autres, plus anciens, comme les journaux, la télévision et la radio. Selon elle, ces derniers tendent à masquer notre dépendance accrue à de nouvelles formes de technologies de l’information. De la même manière, l’expérience quotidienne du lieu se modifie alors que les technologies dissolvent les marqueurs et les repères de la localisation.
Paula Levine éprouve un sentiment de « dislocation spatiale » alors qu’elle vit, depuis les Etats-Unis, les opérations de bombardement sur l’Iraq de l’armée américaine. Malgré l’intention souvent annoncée comme telle des médias de « faire vivre » en direct les événements, et malgré la connexion permanente, l’espace physique entre San Francisco et Baghdad demeure invariable et suffisant pour absorber l’impact réel de l’invasion. Le GPS et la carte dynamique sont alors utilisés, dans une perspective qui les opposent aux « anciens » médias de communication, comme les instruments qui effondrent l’espace entre deux lieux distants.
Carte hybride composée de la transposition des sites des premières attaques américaines sur Baghdad en mars 2003 sur San Francisco.
Chaque lieu impacté dans San Francisco abrite un geocache, qui contient un document d’information à propos du projet et du site web, et un article de Ward Harkavy, journaliste au Village Voice intitulé « The Iraq War – Roll Call of the U.S. Dead : Day by Day, Death by Death » contenant la liste complète des noms des personnels américains morts pendant la guerre entre le 1er mai 2003 et le 19 mars 2004, en dépit des déclarations du Président Bush le 1er mai 2003 : « La majeure partie des opérations de combat en Iraq ont pris fin. Dans la bataille d’Iraq, les Etats-Unis et leurs alliés ont dominé les combats ».
« (…) major combat operations in Iraq have ended. In the battle of Iraq, the United States and our allies have prevailed ».

Projet lancé en avril 2004, 1 an après l’invasion de l’Iraq par les Etats-Unis.

Deuxième pièce de la série Shadows of Another Place, The Wall en reprend la forme de carte dite « hypothétique » qui superpose deux territoires distants l’un sur l’autre.
En 2002, le gouvernement Israelien entreprend la construction d’un mur de sécurité entre Israël et les territoires palestiniens en réponse à une série d’attentats commis en Israël. Depuis le début de sa construction, le tracé parfois arbitraire du mur a suscité beaucoup de controverses et a largement influencé la vie quotidienne des habitants des zones traversées. Paula Levine a entrepris une série de voyages sur place, où elle a assisté à la construction du mur et a filmé et interviewé les habitants des zones traversées.
Ce projet traite un segment du mur d’environ 15 miles situé entre Abu Dis au sud et Qalandiya au nord.
Le projet est constitué de trois éléments :
– un site web comprenant une carte à partir de laquelle on accède à des contenus vidéos localisés
– la superposition de la zone traitée et de villes américaines et canadiennes qui créent les points de repère pour
– des marches géolocalisées pendant lesquelles le public accède à des contenus vidéos

(1) « I have come to think of these as interlocational maps. The word, interlocation, describes the position or space represented in these overlays. The word is composed of inter, suggesting between or among, and locus, meaning place. Interlocation brings to mind something taking place between locations, which describes these mappings quite accurately. The maps reflects not only an overlaying of one site upon another, but they also visualize the space that exists as the result of that overlay, conceptually moving between one site and the other. Interlocation is the space that arises through this transposition of on place upon another. It allows relationships between distant places to be simultaneously realized and offers an extended sense of relatedness. »
« J’ai commencé à y penser comme à des cartes interlocales. Le mot, interlocalité, décrit une position ou un espace représenté dans ces superpositions. Le mot est composé de inter, qui évoque entre ou parmi, et de locus, qui désigne le lieu. L’interlocation évoque quelque chose qui se trouve entre les lieux, ce qui décrit assez précisément ces cartes. Elles reflètent non seulement la superposition d’un lieu sur un autre, mais visualisent l’espace qui existe comme résultat de cette superposition, qui se déplace conceptuellement d’un site à l’autre. L’interlocalité est l’espace qui émerge de cette transposition d’un lieu sur un autre. Il permet aux relations entre des lieux distants d’être à la fois réalisée et étend le sens de la relation. »
LEVINE, Paula, « Shadows from another place : transposed place », Conférence, MIT 4, The work of stories, 6-8 mai 2005.

Expositions

[Baghdad <-> San Francisco]
Transposing Geographie : Mapping on the Internet, ImageFestival, 2006, Toronto.

[TheWall]
ISEA 2009, Belfast.
Cartographic Imagination, An Atlas, 19sept. – 15 oct. 2009, Fine arts Gallery, San Francisco State University.

Textes et documents de référence

LEVINE Paula, « Shadows from another place: transposed space », MIT4, The Work of Stories, 6-8 mai 2005, Cambridge, Massachusetts.
[http://web.mit.edu/comm-forum/mit4/papers/levine.pdf]
LEVINE Paula, « The Wall», MIT6, Stone and Papyrus, Storage and Transmission 24-26 avril 2009, Cambridge, Massachusetts.
[http://web.mit.edu/comm-forum/mit6/papers/Levine.pdf]

Signature, 2006

Paula Levine, Signature,  vue de l’installation, Sonoma County Museum, 2006.  
Source :[http://paulalevine.net/projects/signature/signature.html]

Paula Levine, Signature, vue de l’installation, Sonoma County Museum, 2006.
Source :[http://paulalevine.net/projects/signature/signature.html]

Signature est une installation conçue pour l’exposition commémorative du centenaire du tremblement de terre qui a ravagé le Comté de Sonoma, Californie, en 1906, organisée par le Sonoma County Museum en 2006.
Si le mot signature désigne communément une marque personnelle tracée par la main sur le papier, une « signature sismique » est aussi ce qui désigne les ondes caractéristiques d’un tremblement de terre.
Portrait de l’histoire sismique, ainsi qu’elle s’inscrit dans la vie et le paysage du lieu.
L’installation met en jeu diverses formes mémorielles de l’événement : une photographie de l’une des rues principales de Santa Rosa, Rodgers Fault, dévastée, l’enregistrement du récit des survivants et la signature sonore du séisme, obtenue à partir de la conversion de son graphe sismique. Mais cette mémoire se rappelle aux visiteurs dans l’action d’un présent qui la met en scène, comme pour mieux déjouer le lieu et les temps des événements. Le proche et le lointain temporel et géographique, le visible et l’invisible, entrent en collision. La carte actuelle des lieux, projetée au mur, semble se disloquer sous la force des ondes sismiques chaque fois que le son du séisme et les voix de ses survivants se diffusent. Ces images et ces sons sont en fait contrôlés par un programme relié à un récepteur GPS qui les déclenche à chaque fois qu’un satellite survole la zone du séisme.
« Comme une histoire qui répudie le passé, Signature révèle les mouvements entre le passé et le présent, le visible et l’invisible, comme si chacun refusait de rester convenablement à sa place.(1)»

(1) « Like history that repudiates the past, Signature marks the movements between what is past and present, visible and invisible, as each refuse to remain conveniently fixed in place. »
[http://paulalevine.net/projects/signature/signature.html]

Expositions

Force of Nature : the 1906 Earthquake in Sonoma County, 22 avril – 9 juillet 2006, Sonoma County Museum, Santa Rosa.

Textes et documents de référence

GILES, Gretchen, Traces of presence, The Bohemian Revue, Sonoma, avril 2006
[http://www.bohemian.com/northbay/traces-of-presence/Content?oid=2181170]

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