Jeremy Wood

Jeremy Wood travaille dans le domaine de l’art public à partir d’une approche singulière de la lecture et de l’écriture des lieux. Il explore le potentiel esthétique de la technologie GPS depuis plus de 10 ans par l’expérimentation quotidienne de l’enregistrement des tracés générés par le déplacement des corps et des objets, à l’échelle locale et planétaire, subjective ou collective.
[http://www.jeremywood.net/]

GPS Drawings, depuis 2000.

Jeremy Wood est certainement l’artiste le plus prolifique en matière de « GPS art ». Il tient galerie en ligne depuis 2000 où s’accumulent les traces de ses nombreuses expérimentations, témoignage d’une sorte de jubilation à dessiner, en toutes circonstances, sur la surface de la terre avec son propre corps pour crayon.
Les dessins peuvent déterminer à l’avance la trajectoire suivie qui sera alors restituée sous forme de traces GPS sur une carte du territoire parcouru dans une mise en perspective parfois anecdotique d’une caractéristique sociologique, historique ou topologique, (le signe d’un dollar sur Las Vegas), ou résulter d’un déplacement induit par un usage spécifique de l’espace (chute libre, dérive psychogéographique).
Ses pièces peuvent aussi renvoyer au paradoxe ultime de l’usage du GPS, celui de la recherche de la confusion spatiale qu’il peut générer en regard de la croyance en son exactitude qu’il véhicule.
Traiter dans ce corpus l’ensemble du travail de Jeremy Wood n’aurait pas été pertinent. Nous avons donc préféré en extraire quelques pièces emblématiques.

Meridians, 2005

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Jeremy Wood, Meridians, (detail), True Places in Greenwich Park, London, 2006.
Source :[http://www.jeremywood.net/meridians.html]

Meridians a consisté à inscrire la citation de Herman Melville issue de Moby Dick : « It is not down in any map ; true places never are » en traversant Londres le long de deux méridiens « concurrents », tracés à deux époques différentes selon deux méthodes de calculs différentes (le GMT et le WGS84) qui présentent la caractéristique troublante de n’être pas parallèles.
« Ces deux standards sont inscrits sur mon dessin afin d’indiquer une série d’accords entre le local et les systèmes mondiaux étant donné que les sensibilités locales sont davantage dignes de confiance que les projections globales ». Notre navigation personnelle a évolué d’un regard porté vers le haut, l’observation des étoiles vers un regard tourné vers le bas, la consultation des terminaux numériques dans le creux de nos mains qui captent les signaux satellites. Les deux méridiens sont les extrémités de deux cartes qui ne peuvent se rejoindre : entre elles se trouvent des lieux qui n’existent pas. Dans cette zone d’ajustement, les hémisphères est et ouest ne peuvent s’emboîter »
« These two standards are marked on my drawing to indicate a range of agreements between local and worldwide systems since local sensibilities are more trustworthy than global projections. Our personnal navigation is evolving from satellites mediated by digital devices held in our palm. The two meridian lines are the edges of maps that don’t meet up : between them are places that don’t exist. Within this area of adjustment, the east-west hemispheres cannot be straddled »
Les traces GPS de la citation de Melville ont été superposées à une carte satellite et imprimée sur une bande de coton de 8,5 m de long pour exposition.

Projet commissioné par l’Institut de Design de l’Université du Minnesota pour Else/Where Mapping : New Cartographies of Networks and Territories, Minnesota Press, 2006

Data Cloud, 2008

Jeremy Wood, Data Cloud, vue de l’installation, Beatrix Park, Amsterdam. Source :[http://www.gpsdrawing.com/projects/datacloud.html]

Jeremy Wood, Data Cloud, vue de l’installation, Beatrix Park, Amsterdam.
Source :[http://www.gpsdrawing.com/projects/datacloud.html]

Data Cloud se présente sous la forme d’un amas de bancs positionnés comme si on les avait ainsi laissé tomber dans le parc Willy Nilly à Amsterdam. Cet arrangement incongru est en fait le résultat du système de calcul « très précis, mais pas très exact » du GPS.
Pour ce travail, Wood a placé un récepteur GPS sur chacun des deux bancs présents à l’origine sur les lieux et a noté leur position toutes les 10 secondes pendant 1 minute. La sculpture restitue, avec 12 bancs supplémentaires, les localisations successives des deux bancs originaux déterminées par le système GPS.

Mowing the Lawn, depuis 2000

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Jeremy Wood, Mowing the Lawn, Seasons, (Spring, Summer, Autumn & Winter), 2008.
Source :[http://www.jeremywood.net/lawn.html]

Jeremy Wood a pour habitude de restituer ses voyages sous forme de tracés GPS. La genèse même de ce travail provient de l’enregistrement de la trajectoire aérienne d’un vol entre Berlin et Londres en octobre 2000. Ces voyages peuvent être les siens ou ceux d’autres personnes, exceptionnels et effectués sur de longues distances ou ceux du quotidien le plus trivial. C’est à partir de ces derniers qu’est conçue Mowing the Lawn, puisque Wood enregistre depuis 2000 les tracés GPS qu’il effectue lorsqu’il tond la pelouse du jardin de sa mère dans le Comté d’Oxford. Chaque année, et pour toutes les saisons, les tracés produisent des projections de la forme du jardin dont on perçoit les évolutions au fil du temps par les bandeaux supplémentaires qui remplacent les ronces enfin arrachées ou les circonvolutions complexes qui se créent autour des arbres nouvellement plantés.

My ghost, 2000-2012.

my-ghost

Jeremy Wood, My Ghost, London GPS Map 2009.
Source :[http://www.jeremywood.net/my-ghost.html]

My Ghost restitue année par année, l’ensemble des traces des déplacements de Wood dans Londres nous révélant la carte d’une ville vécue, propice à l’émergence de souvenirs et de récits où le temps creuse les sillons de l’espace. Les plus foncés nous renvoient à ses itinéraires habituels, ceux qui connectent des amas noirs évoquent les lieux de son intimité, les plus clairs ceux de trajets plus occasionnels.
« Ce qui me frappe à la vue des tracés de quelqu’un est le déclenchements des souvenirs, c’est pourquoi je les désigne comme des journaux cartographiques. Ils sont l’enregistrement d’où je suis allé et le rappel redoutable de là où je dois encore me rendre. Dans les méandres des lignes, je peux lire mes trajets et mes ornières, et me remémorer la trame de mes aventures. Ils sont comme mon fantôme, capturé dans des lieux d’un temps différent. »
« What strikes me about seeing one’s own tracks is in the triggering of memories, which is why I refer to them as cartographic journals. They are a record of where I have been and a daunting reminder of where I have yet to go. Among the intricacies in the line qualities, I can read my routes and ruts, and recall my dithering and my adventures. They are of my ghost, captured in places of a different time. »

Documents de référence

LAURIAULT Tracey P., « GPS Tracing – Personnal Cartographies », in The Cartographic Journal vol.46 n°4, p.360-365, Art and Cartography Special Issue, nov. 2009.
[http://www.gpsdrawing.com/press/caj71-JeremyWood.pdf]

Expositions

[Meridians]
Sonar Festival, Barcelone, 2006
Geograms, TAG, La Haye, 2006
Graphic Material, UTS Gallery, Sydney, 2010
Mappamundi, Berardo Museum-Foundation, Lisbonne, 2011

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